90 ans de la victoire de 1936 à la défense de nos acquis face à la menace du « travailler plus »

1936 : quand les travailleuses et travailleurs entrent dans l’Histoire

Il y a 90 ans, en mai-juin 1936, les travailleuses et travailleurs entraient dans l’Histoire par la grande porte des usines occupées, des grèves massives et d’une solidarité intersyndicale sans précédent.

Portée par l’élan du Front populaire, cette vague de grèves « sur le tas », partie des métallos et rapidement gagnée par les cheminots, les postiers et une large part du salariat, paralyse le pays en quelques jours.

Sous la pression de plus d’un million de grévistes et de l’unité CGT–CFTC, les accords de Matignon du 7 juin 1936 arrachent des conquêtes inédites :

  • hausses de salaires importantes, de l’ordre de 7  % à 15  % ;  
  • reconnaissance des syndicats et des délégués du personnel dans les entreprises ;
  • deux semaines de congés payés pour toutes et tous.

Léon Blum, porté par ce rapport de force, fait adopter ensuite la semaine de 40 heures et le repos hebdomadaire, transformant durablement la condition ouvrière et, au-delà, la vie de toute une génération.

Ces acquis ne tombent pas du ciel : ils sont conquis par la lutte, l’unité syndicale et politique, et le refus net de l’exploitation sans limite.

Des acquis arrachés… aux droits attaqués aujourd’hui

En 1936, la réduction du temps de travail et les congés payés répondent à une réalité brutale : des corps usés prématurément, une espérance de vie au travail très courte, des vies personnelles sacrifiées.

Les 40 heures et le repos hebdomadaire ne sont pas un « cadeau », mais un rempart contre le surmenage, un geste concret pour rééquilibrer temps de travail, vie familiale et dignité. 

En 2026, alors que l’on commémore ces 90 ans, un vent mauvais souffle à nouveau sur nos droits :

  • remise en cause des 35 heures, pressions pour « travailler plus et plus longtemps » ;  
  • attaques contre les RTT et flexibilisation imposée des horaires ;  
  • gel ou quasi-gel du point d’indice, malgré l’inflation, entraînant une paupérisation rapide des agent·es. 

Dans la Fonction publique et l’Éducation nationale, cela se traduit par la surcharge de travail, la suppression de postes, la dégradation de la qualité du service rendu, et, pour les personnels, par un épuisement professionnel massif, du burnout à la perte de sens.

Comme en 1936, les reculs sociaux ont un coût humain considérable : santé brisée, vie familiale éclatée, solidarités abîmées dans les services.

Ce que nous dit 1936 au mouvement social actuel

Le mouvement social actuel dans l’éducation, la Fonction publique et au-delà s’inscrit clairement dans la filiation de 1936.

Les mobilisations pour les salaires, contre les suppressions de postes, pour le respect du temps de travail et des missions de service public reprennent le même fil rouge : refuser que la logique comptable broie les travailleur·euses. 

Aujourd’hui, dans notre champ professionnel, les semaines de mobilisation, les grèves pour les moyens et les salaires, les intersyndicales dans l’Éducation nationale portent exactement cette exigence :

  • arrêter la casse des emplois et des statuts ; 
  • réaffirmer la centralité du service public, financé et respecté ; 
  • défendre le temps de travail comme enjeu de santé, de vie digne, de qualité du service rendu. 

Comme en 1936, c’est l’unité, la détermination dans la grève et les actions collectives qui peuvent faire plier gouvernement et employeurs publics, non les discours sur la « modernisation » ou la « flexibilité ».

L’anniversaire de 1936 ne doit pas être une commémoration figée : c’est un appui pour construire les rapports de force d’aujourd’hui.

Les revendications du SNASUB-FSU dans la continuité de 1936

Le SNASUB-FSU inscrit ses revendications dans cette histoire longue des conquêtes sociales :

  • défense du statut général de la Fonction publique et des statuts particuliers, contre la précarisation et les réformes qui défont les garanties collectives ; 
  • refonte de la grille indiciaire, avec un plan de rattrapage fort : augmentation généralisée du point d’indice, attribution uniforme de points supplémentaires, indexation sur les prix ;
  • intégration et revalorisation des primes dans le salaire, pour lutter contre les inégalités et la logique de « mérite » individualisé ;
  • créations de postes dans tous les secteurs, pour faire face à la hausse des charges de travail ; 
  • arrêt du recours massif aux nontitulaires, résorption de la précarité et transformation des crédits de contractuels en postes statutaires ;
  • défense des 35 heures pour toutes et tous, sans annualisation ni flexibilité imposée, avec maintien des acquis locaux.

Aujourd’hui, nous refusons que ces acquis soient bradés au nom de réorganisations, de mutualisations ou de fusions (enseignement Supérieur et la Recherche, services déconcentrés, opérateurs) qui aggravent la charge de travail et effacent les garanties collectives.

Face à ceux qui veulent « faire travailler plus » les agent·es publics, le SNASUB-FSU oppose « plus d’unité, plus de combativité, plus de syndicalisme de terrain ». 

1936 comme boussole pour 2026

Rendre hommage à 1936, pour nous au SNASUB-FSU, ce n’est pas se réfugier dans la nostalgie, c’est se donner une boussole pour le présent.

En 1936, les congés payés, la semaine de 40 heures, les conventions collectives et la reconnaissance syndicale ont été arrachés parce que les travailleuses et travailleurs ont occupé les usines, cessé le travail et imposé le rapport de force. 

En 2026, nos luttes pour :

  • des hausses de salaires massives dans la Fonction publique ;
  • le respect strict du temps de travail et du repos ;
  • la création de postes et la défense du statut, s’inscrivent dans exactement la même logique : faire vivre la promesse d’une vie digne au travail et hors du travail.

À 90 ans de distance, 1936 nous rappelle une évidence : « nos acquis sociaux ne sont pas un patrimoine figé, mais un combat permanent ».

À nous, SNASUB-FSU, de faire de 2026 non pas seulement un anniversaire, une commémoration, mais le point de départ d’une nouvelle offensive pour les salaires, le temps de travail, les emplois et les droits de toutes et tous.

N° 314 — Mai-juin-juillet 2026

La fusion ABES–AMUE Martinique : quand la parole des personnels fissure les murs du silence…
Cet article est la rubrique 12 sur 16 du Convergences N° 314 — Mai-juin-juillet 2026