Quand tomber malade devient une faute : colère sociale dans les Outre-mer !

Les banderoles claquent, les visages sont fermés. Enseignants, personnels administratifs, AESH, tous sont là. Non par habitude, mais par nécessité. Dans les Outre-mer, l’École publique craque de toutes parts et, ce jour-là, la colère a pris corps.

Dans les académies de Martinique, de La Réunion et plus largement dans les DROM, les personnels dénoncent une accumulation de décisions qui fragilisent à la fois le service public d’éducation et celles et ceux qui le font vivre. La dernière en date agit comme une étincelle : le décret de 2024 sur le congé de longue maladie.

Désormais, tomber gravement malade peut entraîner une perte brutale de revenus, avec l’amputation de l’indemnité de vie chère.

L’indemnité de vie chère est un supplément de salaire versé aux personnels, indépendamment de leur grille salariale, en compensation de la hausse des prix des biens et des services, dans le but de maintenir leur pouvoir d’achat. Elle existe dans chaque académie ultramarine compte tenu du niveau très élevé des prix, en comparaison avec ceux de la métropole.

Il s’agit-là d’une double peine, d’une injustice criante dans des territoires où le coût de la vie reste structurellement plus élevé qu’en Hexagone.

« Être malade ne peut pas devenir une sanction financière ». Cette phrase revient sur toutes les lèvres. Elle résume l’indignation des personnels, qui voient dans ce décret une rupture d’égalité et une mesure profondément discriminatoire. Maladie et précarité se superposent, au mépris de la dignité des agents publics.

Mais la colère ne s’arrête pas là. Dans les établissements, les murs parlent. Fissures, bâtiments vétustes, normes sismiques non respectées en Martinique, infrastructures inadaptées au climat à La Réunion : plus de 80 % des établissements martiniquais sont exposés à des risques majeurs. À chaque secousse annoncée, à chaque saison cyclonique, élèves et personnels travaillent avec l’angoisse en toile de fond. La question du bâti scolaire est devenue une urgence vitale, et non un simple dossier technique.

À ces conditions matérielles dégradées s’ajoutent les suppressions de postes. Moins d’enseignants, moins d’administratifs, moins de remplaçants, alors même que les besoins explosent. En Martinique, trente postes administratifs ont déjà disparu en dix ans. À La Réunion, de nouvelles suppressions sont annoncées. Le message envoyé est brutal : faire toujours plus avec toujours moins. Les personnels parlent d’un désengagement assumé de l’État.

Dans les zones littorales, une autre menace plane : les échouages massifs de sargasses. Odeurs suffocantes, risques sanitaires, désorganisation pédagogique… Là encore, le manque d’anticipation aggrave les conditions de travail et d’apprentissage.

Face à ce tableau sombre, la FSU et les organisations syndicales refusent la résignation. Audiences, motions, grèves, rassemblements : la mobilisation s’organise et s’ancre dans une revendication claire. Abrogation du décret sur le congé de longue maladie, maintien intégral de la prime de vie chère, arrêt des suppressions de postes, plan d’investissement massif pour le bâti scolaire, respect des personnels.

Les Outre-mer ne sont pas des territoires de seconde zone. L’École publique n’y est pas un luxe, mais un pilier essentiel de justice sociale et d’égalité. Ce jour-là, devant la préfecture à La Réunion, au Rectorat pour la Martinique, une certitude s’impose : les personnels ne se tairont plus.

N° 312 — Janvier-Février 2026

Revalorisation de l’IFSE à Poitiers Actualités juridiques
Cet article est la rubrique 17 sur 18 du Convergences N° 312 — Janvier-Février 2026