La situation à Réseau Canopé à la rentrée 2026

En décembre 2019, un projet présenté au conseil d’administration prévoyait de rattacher nos implantations aux rectorats ; la mobilisation intersyndicale l’avait enterré, resté depuis largement inabouti. Six ans plus tard, le climat est à nouveau anxiogène, mais cette fois personne n’annonce rien : le démantèlement avance par le budget.

Le plafond d’emplois est passé de 1 596 ETPT en 2015 à 1 137 au projet de loi de finances 2026 : 459 emplois en moins, près de 29 %, et les effectifs réels suivent la même pente. 2026 est l’année la pire, avec 100 suppressions d’un coup. Ces emplois ne sont toujours pas « trouvés » : depuis juillet, la direction annonce une vingtaine de fins de détachement anticipées sans que les collègues concernés aient été nommés, avec un repositionnement garanti dans leur académie d’exercice jusqu’en août 2027 seulement.

La subvention de l’État ne couvre même plus la masse salariale : 83 millions d’euros contre 88 millions en 2025. Mais le problème ne se limite pas à la paie : c’est notre mission de service public elle-même qui se réduit d’année en année.

Aucune revalorisation salariale n’est possible en interne, faute d’enveloppe, et les écarts se creusent entre titulaires et contractuels. Le point d’indice est gelé pour la cinquième année consecutive et la garantie individuelle du pouvoir d’achat n’est plus versée depuis 2023 : il ne reste même plus ce qui compensait un minimum. Et cela risque de s’aggraver : la hausse annoncée des carburants l’inflation en général va se reporter sur les produits de première nécessité.

Par ailleurs, l’établissement a toujours connu une rotation de personnels supérieure à celle de la fonction publique d’État — 14,9 % en 2019 quand l’État était à 8 % — et il alerte lui-même sur « une perte de compétences et de mémoire ». Aujourd’hui s’y ajoute plus grave : les départs ne sont plus remplacés. En 2025, 164 départs pour 110 recrutements.

Dans ce contexte, la mission « État efficace », rattachée au Premier ministre, nous auditionne : elle évalue notre efficacité sur la seule formation continue des enseignant·es, là où l’on nous met en concurrence avec les Écoles académiques de la formation continue (EAFC). Nous l’avons rencontrée à notre demande, après une enquête lancée en urgence auprès des personnels : plus de 200 réponses en quelques heures seulement, soit près d’un agent sur six. Des réponses aussi rapides et aussi massives, malgré des délais très courts, en disent long sur l’inquiétude des collègues. 74 % d’entre eux constatent des doublons ou une concurrence avec l’offre des EAFC. Présentés comme un opérateur de la formation continue, nous sommes traités comme leurs sous-traitants. L’absurdité est complète : de part et d’autre, on perd du temps à négocier des devis, des modalités d’organisation et des coûts de prestations, alors que tout est financé par le même budget de l’Éducation nationale.

Dans le cadre des discussions budgétaires en cours pour le budget 2027, et alors que s’ouvre la campagne de l’élection présidentielle, nous le réaffirmons : nous demandons une subvention à la hauteur des moyens nécessaires pour assurer nos missions de service public. Elle doit couvrir au minimum l’intégralité de la masse salariale et permettre de réduire enfin les écarts entre titulaires et contractuels. Nous demandons aussi l’arrêt des suppressions d’emplois en 2027, le retour des emplois supprimés, un décret qui acte nos missions réelles et de la visibilité au-delà d’août 2027.

Il est temps de revoir les ambitions d’un opérateur qui pourrait être bien plus utile, mais qui n’a jamais été suffisamment bien positionné, utilisé ni présenté. Si, dans six mois, nous gérons encore la même situation, les risques psychosociaux ne feront qu’augmenter. Et si des candidats à la présidentielle choisissent de tailler dans les budgets en supprimant des postes de fonctionnaires sans plus de réflexion, nous pourrions tout simplement disparaître. Ce ne serait qu’un immense gâchis au regard de tous les efforts fournis en interne pour répondre toujours au plus vite aux demandes de la tutelle et servir les missions qui nous étaient confiées — et une preuve de plus de l’incapacité de nos dirigeants à tirer parti de tout le potentiel des agents publics dont ils disposent. Tous les opérateurs de l’Éducation nationale sont exposés aux mêmes menaces. Le Réseau Canopé servira-t-il de banc d’essai à leur mort programmée ?

N° 316 — Octobre 2026

Canicules et bâti scolaire : les affres de l’austérité… et de l’impréparation ! Retour sur la réunion du secteur bibliothèques
Cet article est la rubrique 9 sur 12 du Convergences N° 316 — Octobre 2026