Le Rassemblement national (ex-Front national), parti fondé en 1972 par d’anciens de la Waffen SS et du régime de Vichy, est en passe de réussir sa « banalisation ». Un certain nombre de médias, très complaisamment, aident à cette normalisation avec le support financier de quelques milliardaires français. Les supplétifs politiques ne manquent pas, majoritairement issus de la droite dite traditionnelle, avec certains pays comme les États-Unis et la Russie en embuscade. Il nous paraît nécessaire, au travers de l’exemple de quelques votes à l’Assemblée nationale, de (re)mettre en lumière ce que l’extrême droite (et ses allié·es) font subir à la fonction publique.
Pour rappel, depuis les dernières législatives (la fameuse « grenade dans les jambes » d’E. Macron), le groupe parlementaire du Rassemblement national, alors composé de 88 membres, est maintenant un groupe composé de 119 membres et 3 apparentés.
Parité dans la fonction publique
Les mots « parité » et « fonction publique » dans la même phrase semblent provoquer bien des désagréments au Rassemblement national. Ainsi, le 5 juillet 2023, les députés du Rassemblement national se sont prononcés contre le « principe d’égal accès des femmes et des hommes » à différents postes à responsabilité dans la fonction publique.
(Analyse du scrutin : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/scrutins/1836)
Le texte prévoyait notamment d’obliger les employeurs publics à publier un index de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, qui permettrait de mesurer les écarts de rémunération.
Cette proposition avait été adoptée à l’unanimité au Sénat, mais pas à l’Assemblée nationale, puisque les élu·es du Rassemblement national s’y sont opposé·es avec 6 voix contre et 7 abstention, estimant que cette proposition de loi allait créer des situations inéquitables, au prétexte de renforcer la parité.
(Analyse du scrutin : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/scrutins/1843)
Il faut noter que le groupe RN compte 40 députées femmes dans ses rangs, soit 33% de ses effectifs, ce qui est moins que la moyenne de l’Assemblée nationale, qui est de 37%.
Affaiblissement du système de santé public
De façon générale, le Rassemblement national soutient une politique austéritaire, soit pour des raisons idéologiques (Aide médicale d’état pour les étrangers, baisse des taxes en direction des grandes entreprises, par exemple), soit pour des questions de gestion budgétaire « responsable », qui consiste essentiellement à tailler dans les dépenses qualifiées « d’inutiles » (culture, associatif, etc.) par le RN.
Le système de santé n’échappe pas à cette règle, surtout au travers de la baisse des cotisations sociales, souvent réclamée par le RN. Pour rappel, en 2024, les cotisations sociales constituaient la première source de financement de notre protection sociale : 554,4 milliards d’euros, soit 55,6 % des ressources.
Mécaniquement, en réclamant la baisse des financements, cela équivaut à baisser le montant des cotisations et donc d’entretenir « la dette de la Sécu », permettant de justifier de nouveau une baisse des financements. Le RN soutient une vision très individuelle de la santé, au point de vouloir faire basculer notre système de santé public vers un système privé « à l’américaine », qui est très fortement inégalitaire.
À titre d’exemple, le jeudi 6 novembre 2025, les députés RN ont contribué à faire voter la suppression d’un impôt rapportant 5,4 milliards d’euros à la Sécurité sociale (par 117 voix contre 113).
(Analyse du scrutin : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/scrutins/3453)
L’audiovisuel public
S’il est une chose que l’extrême droite a bien comprise, c’est qu’un service public audiovisuel correctement financé, ou plus largement des médias indépendants, pouvaient poser de sérieux problèmes. Comme tous les partis fascistes qui souhaitent tordre la réalité à leur vision étriquée de la société, dans un monde où les fausses informations sont de plus en plus faciles à créer (via l’intelligence artificielle générative) et à diffuser via des médias privés, l’extrême droite ne cache plus son objectif de vouloir sous-financer, voire privatiser le service public, de façon à le mettre aux ordres d’un gouvernement issus de leur rang. L’exemple des médias États-Uniens, sous le feu constant des critiques du président Trump et de ses affidés, démontrent bien que la démocratie sans médias libres est durablement fragilisée.
C’est dans cette optique que fut créée, à l’Assemblée nationale, le 25 octobre 2025, à l’initiative du groupe Union des droites pour la République (UDR), la commission d’enquête « sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public ». Cette commission a pour but d’auditionner des professionnel·les de la communication et du monde des affaires, afin de vérifier que le service public de l’information ne soit pas sous l’influence de pressions politiques, de leviers d’influence et de lobbys qui pourraient remettre en cause sa neutralité. Présidée par M. Jérémie Patrier-Leitus (Horizons & Indépendants), celui-ci a été rapidement débordé par son rapporteur, M. Charles Alloncle (Union des droites pour la République), qui en a profité pour se faire un (petit) nom et une (sale) réputation. Il a pu y déployer toute la palette de son talent, avec des attaques ad personam, à base de fausses informations, erronées ou tronquées, accompagnés de provocations et de coups de pression, transformant cette commission en un tribunal dont l’unique but est de démontrer que le service public de l’audiovisuel « est de gauche » et « dépense sans compter ».
Sans vouloir divulgâcher le contenu du rapport du député Alloncle, en cours d’écriture, on peut raisonnablement affirmer que ses conclusions iront dans le sens des interventions de son rapporteur : le service public est coupable… d’être le service public.
Commission : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/organes/autres-commissions/commissions-enquete/ce-audiovisuel-public
Dotation de fonctionnement des collectivités locales
Le Rassemblement national a fait adopter, le 14 janvier 2026, dans le cadre du projet de loi de finance 2026, un amendement qui baisse de près de 5 milliards d’euros la dotation globale de fonctionnement (DGF) vers les collectivités locales, incluant celles des Départements et Régions d’Outre‑Mer (DROM). Cette réduction de la DGF se traduit par une diminution des ressources disponibles pour les services publics locaux, ce qui a suscité l’indignation des élus locaux, notamment dans les territoires d’outre‑mer.
(Analyse du scrutin : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/scrutins/4989)
« Contre budget de rupture » 2025
Alors que le gouvernement Lecornu tentait de faire passer, en force puis par la négociation avec certains groupes parlementaires, un projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, le Rassemblement national a proposé un « contre-budget de rupture » qui en dit beaucoup sur sa vision de la fonction publique, et des 2/3 des femmes qui font partie de nos effectifs.
Ainsi, le RN proposait de « rétablir l’égalité des jours de carence entre les fonctionnaires et les salariés du privé ». Pour rappel, dans le secteur privé, il y a trois jours de carence théorique, mais les deux tiers des employé·es sont protégé·es contre la perte de revenu induite par le délai de carence, par le biais de la prévoyance d’entreprise, qui couvrent donc ces trois jours.
Dans le secteur public, les fonctionnaires subissent un jour de carence qui s’applique strictement, sans contrat de prévoyance. Les plus impactées sont, entre autres et une fois de plus, les femmes qui sont atteintes d’endométriose et de douleurs menstruelles graves.
Le RN, c’est finalement un conservatisme chimiquement pur qui tente de se faire passer pour une rupture…
Le 1er-Mai, fête des revendications des travailleur·euses
En 2026, la Fonction publique emploie 3,8 millions de titulaires, et 1,4 million d’agent·es contractuel·les, qui sont autant de travailleurs et de travailleuses. Le 1er-Mai, fête des droits des travailleurs·euses, est traditionnellement payé mais chômé, bien que 30 % des agent·es de l’État soient mobilisé·es ce jour-là.
Dans le cadre de la proposition de loi visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai, les groupes parlementaires de la Droite républicaine, d’Ensemble pour la République, d’Horizons & Indépendants et du Rassemblement national, ont voté à 120 voix contre 105 la motion de rejet préalable de cette loi. Cette procédure interrompt la discussion d’un projet de texte de loi, permettant ainsi la convocation d’une commission mixte paritaire par le gouvernement, afin d’accélérer les débats pour trouver un texte de compromis entre député·es et sénateur·trices. Cette tactique avait déjà été utilisé pour faire adopter la loi dite Duplomb, à l’époque soutenue par le camp gouvernemental et le Rassemblement national, coutumier de ce genre de coup. Devant la levée de bouclier des syndicats, le Premier ministre Lecornu a finalement renoncé de convoquer la commission mixte paritaire.
(Analyse du scrutin : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/scrutins/6133)

