Crise de l’eau à Mayotte : symptôme d’un abandon politique inacceptable
« On ne peut pas demander aux agents d’assurer le service public quand eux-mêmes n’ont pas accès à l’eau. »
À Mayotte, cette phrase n’est pas une formule : elle décrit une réalité quotidienne, brutale, que vivent les agents publics comme l’ensemble de la population.
Depuis plusieurs années, la crise de l’eau s’installe durablement sur le territoire. Les coupures répétées ne relèvent plus de l’exception, mais d’un fonctionnement devenu quasi normalisé. Plusieurs jours par semaine, parfois davantage, des milliers d’habitants sont privés d’un accès continu à une ressource pourtant vitale.
Dans ces conditions, les gestes les plus élémentaires deviennent des épreuves : se laver, cuisiner, nettoyer, assurer l’hygiène des enfants ou préserver des conditions sanitaires minimales. Cette situation constitue une atteinte grave à la dignité humaine.
Dans les services publics, les conséquences sont immédiates. Les personnels administratifs, techniques, de bibliothèques et l’ensemble des agents exercent leurs missions dans des conditions profondément dégradées : absence d’eau dans les sanitaires, impossibilité de garantir des conditions d’hygiène acceptables, désorganisation du travail et aggravation des contraintes du quotidien.
Les établissements scolaires et universitaires sont particulièrement exposés. L’accueil des élèves, étudiants et familles est régulièrement perturbé, voire rendu impossible lors des coupures prolongées. Les pénuries d’eau compromettent directement les conditions sanitaires, d’apprentissage et de travail de toute la communauté éducative.
Malgré cela, les agents continuent d’assurer leurs missions. Ils et elles s’adaptent, improvisent et compensent les carences structurelles, permettant, tant bien que mal, le maintien de la continuité du service public.
Mais cette capacité d’adaptation ne peut plus masquer une réalité alarmante : celle d’un service public fragilisé, maintenu sous tension permanente, sans réponse structurelle à la hauteur des besoins.
La crise actuelle révèle des décennies de retard dans les infrastructures, un manque manifeste d’anticipation face aux évolutions démographiques du territoire, ainsi qu’une absence de planification politique sérieuse. Elle met également en lumière une inégalité persistante dans la prise en compte des réalités ultramarines.
Cette situation engage directement la responsabilité de l’État, garant de l’égalité territoriale, de la continuité des services publics et de l’accès aux besoins fondamentaux.
Peut-on accepter qu’en 2026, dans un département français, l’accès à l’eau ne soit toujours pas garanti de manière continue et sécurisée ?
Peut-on considérer comme normales des conditions de travail qui ne seraient tolérées nulle part ailleurs sur le territoire national ?
Peut-on encore parler d’égalité républicaine quand les conditions de vie et d’exercice des missions publiques diffèrent à ce point ?
À Mayotte, les habitants vivent dans une incertitude permanente : stockage d’eau, organisation contrainte du quotidien, inquiétudes sanitaires, fatigue psychologique et absence de visibilité.
Les agents publics portent une double charge : celle de leurs propres conditions de vie dégradées et celle de leurs responsabilités professionnelles dans un contexte devenu intenable.
Face à cette situation, la population n’attend plus des réponses ponctuelles ni des mesures d’urgence temporaires. Elle exige des choix politiques clairs, une reconnaissance pleine et entière de la gravité de la situation, ainsi que des investissements massifs et durables.
Le SNASUB-FSU exige :
- un plan d’urgence immédiat garantissant l’accès quotidien à l’eau potable pour l’ensemble de la population, incluant des mesures de soutien financier pour les ménages les plus précaires ;
- une tarification encadrée des packs d’eau et des dispositifs d’aide spécifiques permettant un accès effectif à l’eau pour les familles les plus vulnérables ;
- des investissements structurels massifs dans les infrastructures de production, de stockage et de distribution, notamment la mise en service d’une usine de dessalement d’une capacité supérieure à vingt mille mètres cubes par jour ainsi que la construction d’une troisième retenue collinaire ;
- des garanties sanitaires et matérielles pour les agents et usagers des services publics ;
- un accompagnement spécifique des établissements scolaires, universitaires et administratifs impactés ;
- une prise en compte réelle, durable et prioritaire des besoins de Mayotte dans les politiques publiques nationales.
La crise de l’eau à Mayotte n’est pas seulement une crise technique. Elle est devenue le symbole d’inégalités territoriales persistantes et des limites des politiques publiques menées dans les territoires ultramarins.
Au-delà de la seule question de l’eau, c’est la capacité de la République à garantir à toutes et tous des conditions de vie dignes, un accès équitable aux ressources essentielles et un service public de qualité qui est en cause.
La CAN du SNASUB-FSU mandate le Bureau national pour interpeller publiquement le gouvernement et les ministères concernés afin de porter les revendications de la section de Mayotte et d’exiger des réponses immédiates, structurelles et pérennes à cette crise.
La situation actuelle exige des réponses à la hauteur des principes d’égalité, de solidarité et de continuité du service public que la République affirme défendre.

