L’attractivité de la fonction publique…

France Stratégie vient de publier un copieux rapport de 468 pages qui s’intitule « Travailler dans la fonction publique, le défi de l’attractivité » accompagné d’une note de synthèse de 12 pages, qui résume assez bien la situation dans laquelle se trouve le service public. Le présent article se base sur la lecture de la note de synthèse.

France Stratégie ?
France Stratégie, officiellement appelé « Commissariat général à la stratégie et à la prospective » est un service du Premier ministre, créé par le décret n° 2013-333 du 22 avril 2013, chargé de « concourir à la détermination des grandes orientations pour l’avenir de la nation et des objectifs à moyen et long terme de son développement économique, social, culturel et environnemental, ainsi qu’à la préparation des réformes » en France.

Ce rapport fait le constat d’une crise d’attractivité croissante, particulièrement visible depuis une dizaine d’années. En 2022, 15 % des postes offerts lors des concours publics n’ont pas été pourvus, et des tensions se manifestent dans de nombreux secteurs (éducation, santé, collectivités locales). France Stratégie note, comme facteurs principaux, perte de sens, faible attractivité salariale par rapport au privé, conditions de travail perçues comme dégradées et difficultés à retenir les agents en poste.

Sur l’ensemble des trois fonctions publiques et sur les trois catégories (A, B et C), le rapport fait un constat sans appel : moins de concours, moins de postes pourvus et pour couronner le tout, des postes de contractuel·les créés pour tenter de compenser cette crise de recrutement qui ne parviennent plus à compenser grand-chose. Cependant, malgré les primes consenties pour tenter de colmater la brèche, il apparaît que ce type de dispositif n’atteint pas l’efficacité visée.

Il aborde aussi la stagnation des salaires dans le secteur public par rapport au privé, malgré quelques tentatives de revalorisations spécifiques (ex. : Ségur de la santé), ainsi qu’une dégradation des conditions de travail dans certains secteurs, avec des expositions accrues aux tensions psychosociales.

Puis viennent les difficultés de mobilité géographique et professionnelle, perçues comme des freins par les agent·es et des opportunités de progression souvent moindre comparée au secteur privé, notamment pour les plus diplômé·es, le tout impactant les usagers, avec pour conséquences directes un manque de personnel de plus en plus souvent non remplacé, provoquant parfois des ruptures de continuité de service.

Les leviers d’actions proposés, s’ils ne sont pas dénués d’intérêt, relèvent plus de l’incantatoire que de la réalité vécue par une majorité d’agent·es publics.

Ainsi, le rapport préconise de mieux communiquer sur les atouts du service public et d’améliorer les conditions matérielles de travail et l’organisation du temps de travail.

Il propose aussi de simplifier et revaloriser les grilles salariales pour restaurer l’attractivité salariale. Si le problème de l’investissement financier de l’État dans le secteur public n’est pas évoqué en tant que tel, il apparaît tout de même, au travers de quelques paragraphes très prudemment rédigés, que les rémunérations qui ne suivent pas l’inflation et qui « décrochent » par rapport à celles du privé, entrent bien en ligne de compte dans ce manque d’attractivité.

Il est aussi question de faciliter la mobilité interne, les reconversions et de développer la formation continue pour favoriser la progression de carrière.

Pour finir, il recommande d’associer les agent·es et leurs représentant·es à la définition des politiques RH. Les collègues confronté·es à leurs directions récalcitrantes sur une bonne partie de ces sujets apprécieront… car l’ensemble des politiques menées depuis ces vingt dernières années vont à l’exact inverse des préconisations de ce rapport. Faut-il y voir une critique des actions gouvernementales par France Stratégie ?

Tout aussi important mais que le rapport ne dit pas, ce sont les discours sans aucunes retenues de certain·es dirigeant·es politiques de premier plan et complaisamment relayés par une certaine presse, qui détaillent sans complexes la figure du fonctionnaire fainéant·e, surpayé·e et incapable d’accomplir ses missions. Ce type de discours — « il faut dégraisser le mammouth » — qui abime la fonction publique et dont on se demande s’il est vraiment payant électoralement, est en réalité destiné à meubler des programmes politiques qui n’ont jamais rien eu à proposer en matière de progrès social…

À force de sous-investissement financier qui servent à dévaloriser la fonction publique et donc les fonctionnaires, d’arbitrages partisans et de « fonctionnaire bashing », l’état se retrouve, en toute logique, face à une crise de recrutement structurelle et durable qu’il a lui-même provoqué. À dessein ? Poser la question, c’est y répondre et le rapport de France Stratégie le met cruellement en lumière.

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Cet article est la rubrique 10 sur 16 du Convergences N° 303 — Janvier 2025