Filière ITRF, état des lieux

Les élu·es du CSA MESR ont enfin obtenu des statistiques récentes sur les effectifs titulaires de la filière ITRF (ingénieurs et personnels technique et administratifs de recherche et de formation). Associées aux données que le SNASUB-FSU collecte par lui-même, elles permettent, de mettre (un peu) à jour la carte d’identité de la filière, et d’affiner nos analyses.

Car, la filière ITRF n’est pas une filière comme les autres. Elle est spécifique à l’ESR, elle présente une architecture particulière au sein de la fonction publique en termes de corps et surtout, elle regroupe une très grande variété de métiers. Ces quelques mots d’introduction figurent dans chaque déclaration de nos élu·es dans les instances, tant il est besoin de redire ces spécificités à une administration pour qui la filière se réduit à ses seuls emplois administratifs. État des lieux en date d’octobre 2023.

Un statut, 242 métiers-types

Répartis en 8 branches d’activités professionnelles (BAP), divisées en 35 familles d’activités professionnelles, ce sont 242 métiers-types qui sont détaillés dans le référentiel1 des emplois de la filière, un chiffre encore démultiplié quand on regarde le détail des fiches de postes des collègues (voir figure 1). Commis de cuisine, zootechnicien, gestionnaire des ressources humaines, électrotechnicien, préparatrice en sciences et vie de la terre, chargé·e d’appui au projet de recherche, administrateur systèmes et réseaux, par exemple, sont des métiers de l’ITRF.

Dès lors, parler de la filière comme d’un seul et unique type de métiers est une aberration. Et c’est pourtant ce que s’obstinent à faire les autorités administratives au premier rang desquelles les responsables des services ministériels en charge de la gestion des carrières des agents. Le SNASUB-FSU et ses représentant·es réclament sans cesse des statistiques par branches d’activité professionnelles, genrées, afin de mieux comprendre l’évolution de la filière, et de mieux agir dans l’intérêt des collègues.

Créée en 19852 pour répondre aux besoins spécifiques de l’enseignement supérieur et de la recherche, autours des 109 métiers-types des BAP dites scientifiques (A, B, C et D), la filière ITRF est aujourd’hui dominée par les emplois de la BAP J (gestion et pilotage) qui rassemble 37 % des emplois. Suivent ensuite les emplois de la BAP G (patrimoine immobilier, logistique, restauration et prévention), 24 % de la filière. L’ensemble des 4 BAP scientifiques ne pèse que 16 % de la filière et la BAP E (informatique, statistiques et calcul scientifique) regroupe 12,5 % de la filière.

Métiers de femmes et métiers d’hommes

Si les femmes représentent 56 % des personnels sur l’ensemble de la filière, c’est avant tout l’absence de mixité professionnelle qui caractérise la filière : 85 % des titulaires ITRF exercent un métier d’une BAP non-mixte, au sens de l’INSEE3. Pour prendre les cas les plus extrêmes, les femmes représentent 11,3 % de la BAP C et 86,6  % de la BAP J. Seules les BAP B, D et F sont mixtes. Dans la filière, il y a donc des métiers d’hommes et des métiers de femmes, et c’est la conséquence, notamment, des inégalités de genre dans la formation scolaire et supérieure.

Les politiques d’égalité professionnelle dans la filière ITRF n’ont aucune chance d’aboutir si elles ne sont pas pensées et appliquées au niveau des branches d’activités professionnelles, voire au niveau des familles d’activités professionnelles. Et c’est malheureusement le cas des plans d’action pour l’égalité professionnelle du MESR, le ministère en charge de la filière, malgré l’intervention unanime de l’ensemble des syndicats concertés.

Près de 8 ITRF sur 10 travaillent dans l’ESR

Initialement créée pour les établissements de l’enseignement supérieur, c’est assez logiquement qu’on y trouve aujourd’hui la majeure partie des titulaires ITRF, près de 43 400 collègues. La filière ITRF est aussi le cadre principal d’emploi dans l’ESR, puisque 75 % des titulaires du supérieur relèvent de ce statut. 20 % des personnels de la filière sont affectés dans l’enseignement scolaire (EPLE et rectorats) et jeunesse et sports, et moins de 1 % relève d’autres ministères. Le profil des emplois dans l’enseignement supérieur et l’enseignement scolaire est très différent (voir figure 2).

Dans l’ESR, la BAP J est le premier cadre d’emploi (plus de 4 emplois sur 10), et ce ratio augmente d’année en année. Entre 2015 et 2023, les effectifs de la BAP J ont augmenté de 26 %, quand les emplois de la filière administrative (AENES) ont diminué dans les mêmes proportions. Les universités se sont saisies de leur autonomie pour privilégier la filière ITRF pour recruter ses personnels administratifs, ce que le SNASUB-FSU dénonce.

La BAP G est également très présente (22 % de la filière), portée par les emplois créés par l’autonomie des établissements, notamment autour de la gestion du patrimoine immobilier. On y retrouve également les emplois des Crous, dans les mêmes thématiques et dans la restauration. La fonctionnarisation proposée aux personnels des Crous depuis 2017 a contribué à augmenter un peu les effectifs de la BAP G.
Les emplois scientifiques (BAP A à D) sont en recul depuis 2015, passant de 19 à 17 % de la filière, alors même qu’ils sont la raison de l’existence de la filière.

Les effectifs de la BAP E sont stables sur la période et représentent 10 % des emplois ITRF en 2023. La BAP F, 8,4 % de la filière est en augmentation continue (11 % de plus entre 2015 et 2023), malheureusement pour le SNASUB-FSU au détriment des emplois de la filière des bibliothèques.

Dans l’enseignement scolaire, le cas particulier des personnels de labo des EPLE

Plus de la moitié des 11 300 collègues ITRF de l’enseignement scolaire (56 %) appartiennent aux BAP A et B et exercent dans les laboratoires des EPLE, et pour plus de 80 % en catégorie C. Ces 6 000 personnels, appartenant déjà précédemment à la fonction publique d’État ont intégré récemment la filière ITRF, en 2011, au moment d’un acte de décentralisation des personnels techniques ouvriers et de service en fonction dans les lycées et collèges dans les collectivités territoriales. Les promesses qui ont prévalu à cette intégration n’ont pas été tenues, les possibilités de promotions comme de mutations (notamment vers les établissements du supérieur) ne se sont pas améliorées. Dans les rectorats et services académiques, la BAP E est très présente (20 % des emplois ITRF), en proportion 2 fois plus que dans les établissements de l’ESR. Enfin, dernière caractéristique, il y a très peu d’emplois en BAP J.

5 corps : une anomalie statutaire

Si ses corps de catégorie C et B sont désormais les mêmes que dans le reste de la fonction publique, les trois corps de la catégorie A de la filière ITRF en font une exception dans le paysage statutaire de la fonction publique. Seule la filière des ingénieurs et techniciens (IT) des organismes de recherche présentent une structure identique, et c’est lié à leur histoire très proche (voir figure 3). Ainsi, l’existence du corps des assistants ingénieurs (ASI), « petite catégorie A » qui recrute au niveau bac +2 n’existe que dans ces filières, ce qui n’est pas sans poser de nombreux problèmes aux collègues concerné·es : perspectives de carrière et de promotions limitées et freins au détachement. Une inspection de l’IGESR de 20244 écrit noir sur blanc une de nos analyses syndicales « ce corps constitu[e] parfois une opportunité de recruter des personnels diplômés à bac +5 sur des supports moins coûteux que les ingénieurs d’étude ou de recherche pour les établissements » avant de préconiser (tout comme nous) leur intégration dans le corps des IGE.

La répartition des titulaires dans les corps est en évolution, depuis 2022, avec la mise en œuvre du repyramidage de la filière du protocole carrières et rémunération de la loi de programmation pour la recherche (LPR) de 2020. Avec 4 650 possibilités exceptionnelles de promotion dans les corps supérieurs, la structuration par corps de la filière est amenée à changer, avec notamment une réduction de la part relative de la catégorie C. En 2023, dernières données disponibles, la catégorie C, bien qu’en diminution domine toujours la filière, avec 37 % des effectifs. C’est aussi parmi les personnels ATRF que l’on retrouve le plus de femmes : elles y occupent plus de 6 postes sur 10. La catégorie B regroupe 29 % des effectifs et les trois corps de la catégorie A 34 %. La part des femmes diminue quasi constamment au fur et à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie, pour devenir minoritaire dans le corps le plus élevé de la catégorie A (39,6 % chez les IGR), matérialisant clairement l’existence d’un plafond de verre dans la filière ITRF.

Mutation impossible

En l’absence de mouvement organisé comme dans les filières bibliothèques ou administrative, la mutation est très limitée pour les agents de catégorie B et A de la filière, suspendue aux publications au fil de l’eau des postes sur le site « choisir le service public ». Depuis 2019, le nombre de mutations effectuées pour ces catégories oscille entre 200 et 300, soit entre 0,5 et 0,8 % des titulaires potentiellement concerné·es.

Les bilans d’application des lignes directrices de gestion nous apprennent qu’il est plus facile pour changer de poste d’effectuer un détachement que de muter, malgré toutes les difficultés de reclassement que pose la structuration en 3 corps de la catégorie A de la filière. Ils montrent également que tous les métiers n’ont pas les mêmes chances de réussite : pour faire une mobilité, par mutation ou détachement, mieux vaut exercer un emploi de la BAP J ou de la BAP E. L’impossibilité des mutations conduit tous les ans des collègues à se présenter à un concours déjà obtenu, dans le but de changer d’établissement. L’impossibilité d’effectuer une mobilité pèse sur les collègues de la filière, alors même qu’elle reste un critère observé dans les opérations de promotions. Nous revendiquons donc la mise en place d’un mouvement organisé dans l’intérêt des personnels et des établissements.

Des difficultés de recrutement

Depuis plusieurs années, la filière peine à faire le plein de ses concours, avec un poste sur cinq ouvert au concours en 2025 (comme les années précédentes) qui reste infructueux à la publication des résultats. Un chiffre sous-estimé car il ne dit rien des refus de poste ou des nombreux concours qui classent les mêmes candidat·es. Là aussi, selon les métiers et les catégories, la situation est variable. Il y a des métiers pour lesquels il existe des difficultés qui correspondent à des tensions du marché de l’emploi (métiers du patrimoine, de l’informatique, de la restauration, et certains métiers scientifiques). Et il y également des cadres de recrutement, notamment les emplois en catégorie C et B, trop peu attractifs en termes de salaires, qui ne permettent pas de recruter par concours, notamment dans certaines métropoles. C’est par exemple le cas pour les agents de labo des EPLE. Par exemple, 8 concours sur 10 sont infructueux en 2025 dans l’académie de Créteil ou de Paris.

Une nouvelle préoccupation s’ajoute avec la très forte diminution, de 25 %, entre 2024 et 2026 du nombre de postes ouverts aux concours pour l’ensemble de la filière. Et c’est l’enseignement supérieur, qui recrute le plus qui enregistre la plus forte diminution, avec 31 % de baisse sur la période. Les difficultés budgétaires des établissements autonomes, aggravées par l’austérité budgétaire imposée par les différents gouvernements se traduisent directement par une contraction des concours, ce qui a également un impact sur les titulaires en poste, avec une baisse attendue du nombre de possibilités de promotions, directement dépendant du nombre de concours.

Pour conclure

Filière d’emploi incontournable des établissements d’enseignement supérieur, mais également dans l’enseignement scolaire, la filière ITRF regroupe une riche diversité de métiers qui sont essentiels au bon fonctionnement des services publics. Pourtant, elle reste méconnue des personnels comme des directions et est invisibilisée. Les conditions de travail pour les ITRF se dégradent, sous la pression de l’austérité budgétaire, qui contraint les postes comme les salaires et les promotions. La filière est également menacée par le recours massif aux emplois contractuels (jusqu’à 43 % des effectifs dans les établissements du supérieur), dorénavant plus nombreux et nombreuses en catégorie A que les titulaires. Avec des salaires généralement plus faibles que ceux des titulaires, ils constituent malheureusement une marge d’ajustement budgétaire pour les établissements. Dans ce contexte défavorable, le SNASUB-FSU, conformément à ses mandats, continue à défendre le service public de l’éducation et tous les personnels qui les font vivre.

  1.  https://data.enseignementsup-recherche.gouv.fr/pages/referens/ ↩︎
  2.  Décret n° 85-1534 du 31 décembre 1985 modifié ↩︎
  3. Selon l’INSEE, un métier mixte compte entre 40 et 60  % d’hommes ou de femmes. ↩︎
  4.  https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/perspectives-d-evolution-des-filieres-itrf-et-ita-96824, page 41 ↩︎

N° 314 — Mai-juin-juillet 2026

Front uni pour le retrait intégral du projet de loi d’actualisation de la loi de programmation militaire Un premier bilan en demi-teinte de la mise en place du repas à un euro
Cet article est la rubrique 6 sur 16 du Convergences N° 314 — Mai-juin-juillet 2026