Financement des universités : des assises et des plans sociaux

Alors que la situation financière des établissements du supérieur n’a jamais été aussi critique, et dénoncée de toutes parts, des organisations syndicales aux présidences d’universités, avec des conséquences très graves sur le service public de l’ESR et ses agents, le ministre du MESR et de l’espace annonce l’ouverture d’assises sur le financement des universités…

Les difficultés financières avec lesquelles doivent composer les universités sont une histoire ancienne. En effet, depuis 2007, la part du budget de la MIRES (mission interministérielle recherche et enseignement supérieur) dans le budget général de l’État n’a cessé de baisser alors que le nombre d’étudiant·es inscrit·es dans l’enseignement supérieur public a progressé de 19 %. C’est l’équivalent de 10 universités qui auraient dû être construites et 30 000 agent·es qui auraient dû être recruté·es. À l’inverse, le nombre de postes d’enseignant·e-chercheur·e (EC) de tout statut a diminué quand côté personnels BIATSS, les effectifs ont légèrement augmenté, mais portés par le recrutement de contractuel·les pendant que le nombre de titulaires décroît. Au lieu de compenser ce sous-financement, le gouvernement aggrave encore la situation par l’austérité budgétaire imposée aux universités. Il manque aujourd’hui 8 milliards d’euros pour répondre aux besoins de l’ESR public.

Dans ce contexte, le lancement des assises sur le financement des universités questionne, et encore plus l’objectif affiché d’établir un « diagnostic partagé, rigoureux et incontestable sur la situation financière des universités ». Est-ce à dire que les services de l’État ignorent la situation financière des établissements sous leur tutelle ? Difficile de le penser.

Les constats factuels émanant des débats budgétaires dans les établissements et des équipes militantes de la FSU sont effectivement sans appel. Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace ose évoquer un « sentiment de paupérisation ». Pourtant la dégradation de la situation des personnels des universités est bien une réalité objective et concrète.
Au Mans, après une campagne d’emploi 2025 déjà amputée, 10 titulaires EC et BIATSS ne seront pas remplacés. À Amiens, 280 contractuel·les et vacataires sont en passe de perdre leur emploi. À Clermont-Ferrand, 11 postes d’EC et 1 poste BIATSS ont été supprimés en 2025 et un nouveau plan prévoit d’en supprimer 18 en 2026 dont 10 postes d’EC. À Rouen, la campagne d’emplois 2026 sert de variable d’ajustement complété par un plan social (voir article). À Paris 1, la campagne d’emploi n’a été maintenue qu’à 50 %. À Gustave Eiffel, 70 équivalents temps plein sont supprimés du budget initial 2026 par rapport à l’année précédente. À Aix-Marseille, c’est 60 % des départs en retraite qui ne sont pas remplacés depuis 3 ans. À Strasbourg, 150 postes d’EC titulaires ont été perdus ces 10 dernières années et le nombre de postes d’EC et de BIATSS ouverts au concours est réduit de 40 %. À Toulouse Jean Jaurès, 30% de la campagne d’emploi est gelée. À cette liste qui s’allonge tous les jours, s’ajoutent le gel des crédits de fonctionnement, la baisse des crédits récurrents des laboratoires, la fermeture de formations et le gel du point d’indice.

Il s’agit d’un véritable plan social dans l’ESR. L’aggravation de l’épuisement des collègues et de la dégradation des conditions de travail conduit à l’impossibilité d’assurer les missions dans nombre d’universités et d’organismes de recherche et, d’autre part, à une réduction de l’offre de formation et des capacités d’accueil de l’université publique.

Et c’est dans ce contexte que le ministère annonce la généralisation en 2026 des contrats d’objectifs, de moyens et de performance (COMP) à l’ensemble des universités, en remplacement du dialogue stratégique de gestion. Sur le fond, ils ont pour objectif la régionalisation des formations et de la recherche, et la délégation par l’État aux recteurs ou rectrices délégué·es à l’enseignement supérieur du pilotage de l’allocation des moyens des établissements, de facto d’un pilotage de 100 % de nos missions. Ils sont une nouvelle étape dans le contrôle des missions de l’ESR, tout en actant le désengagement de l’État du service public de l’ESR.

Ces COMP, déjà décidés et imposés aux établissements avant même le lancement des « Assises du financement de l’ESR » sont antinomiques de la revendication portée par la FSU et ses syndicats nationaux : construire un nouveau modèle d’allocation des moyens aux établissements qui se base sur leurs besoins et qui réduise les inégalités de dotation par étudiant·e comme celles des taux d’encadrement.

N° 312 — Janvier-Février 2026

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Cet article est la rubrique 9 sur 18 du Convergences N° 312 — Janvier-Février 2026